Rencontre avec Anthony Yong, Ensimag’2014

On parle beaucoup des opportunités dans les grandes banques d’investissement, dans les start-ups de la FinTech, ou encore dans les boîtes d’assurances. Mais on ne parle certainement pas assez des fonds d’investissement, et de leur intérêt pour un jeune diplômé de Grenoble INP – Ensimag.
Anthony Yong, un Ensimag promo 2014, diplômé par ailleurs de l‘Imperial College en Mathématiques et Finance, est parvenu à entrer dans le  Forbes “30 Under 30” cette année, grâce à son impressionnant parcours chez Bainbridge Partners, un fonds d’investissement quantitatif à Londres. Ensimag Alumni a déjà eu la chance de lui poser quelques questions dans cet article. Nous l’avons donc approché dans l’optique d’obtenir des conseils et des insights plus spécifiques à la finance, et d’en apprendre plus sur le monde des fonds d’investissement.
Nous tenons à remercier chaleureusement Anthony d’avoir donné de son temps pour discuter avec nous, et d’avoir répondu à nos différentes questions.

Peux-tu commencer par nous décrire en quoi consiste ton métier ?
Je suis analyste quantitatif dans un fond d’investissement. Mon métier consiste à constamment trouver de nouvelles opportunités d’investissements de manière quantitative et systématique. Concrètement, il s’agit d’analyser une multitude de données afin d’y extraire des caractéristiques ayant de forts pouvoirs prédictifs dans les marchés financiers.

Combien de temps y passes-tu ? Quels sont tes horaires ?
Je suis généralement au bureau de 9h à 19h du lundi au vendredi et je passe aussi régulièrement quelques heures au bureau durant les weekends. Bien que les horaires semblent relativement bonnes comparées à d’autres métiers de la finance, je dois tout de même rester disponible à n’importe quel moment. Il arrive parfois que je doive me lever dans la nuit pour aller régler quelques problèmes relatifs à nos systèmes de trading, sur les marchés asiatiques par exemple, ou bien de suspendre mes vacances pendant quelques jours pour travailler à distance.

« De manière générale, les fonds d’investissement offrent un bon équilibre de vie. »

Cela te laisse-t-il du temps pour ta vie personnelle ?
Comme je le mentionnais, mes horaires sont assez convenables, ce qui me laisse donc pas mal de flexibilité et d’équilibre entre mes vies professionnelle et personnelle.
De manière générale, les fonds d’investissement offrent un bon équilibre de vie. Les équipes sont structurées en petites start-ups, il n’y a pas vraiment de hiérarchie et la culture est orientée sur les objectifs. Tant que le travail est bien fait et que les performances sont là, personne n’ira voir à quelle heure vous arrivez ou partez du bureau. Il y a en revanche une pression permanente qui n’est pas liée à votre quantité de travail, mais plutôt à vos performances.

« Je pense sincèrement que l’Ensimag a une formation qui est excellente. »

Que t’a apporté le Master de l’Imperial que tu n’aurais pas trouvé à l’Ensimag ?
Je pense sincèrement que l’Ensimag a une formation qui est excellente. Pour les étudiants qui ont choisi la filière “Ingénierie pour la Finance”, l’Ensimag offre une triple compétence en mathématiques, informatique et finance qui est extrêmement appréciée dans l’industrie.
En revanche, de par son histoire, l’Ensimag était à l’époque perçue comme une école avant tout d’informatique ce qui limitait mes perspectives de carrière et mes ambitions ne s’alignaient malheureusement pas complètement sur la perception que les recruteurs avaient de mes compétences. C’est pourquoi j’avais décidé de rejoindre le Master en Mathématiques et Finance de l’Imperial College en 3ème année.
Le Master de l’Imperial m’a apporté une meilleure reconnaissance internationale, une meilleure diversification de mon réseau professionnel et une formation entièrement orientée sur les mathématiques financières, ce qui m’a permis d’avoir un meilleur équilibre entre les aspects “informatique” et “mathématiques” de mon CV.
Ceci étant dit, je pense que les étudiants qui font leur études entièrement à l’Ensimag possèdent toutes les compétences nécessaires pour très bien réussir dans leur carrière, quels qu’en soient leurs ambitions, et qu’une formation complémentaire ou à l’étranger n’est pas indispensable.

Quelle est la place de l’informatique dans ton métier, comment l’utilises-tu ?
Toutes les plateformes de trading s’automatisent et deviennent systématiques. Les fonds de trading haute-fréquence gagnent des milliards de dollars en améliorant la latence de leurs systèmes de trading de quelques microsecondes. La quantité de données disponible est telle qu’il est maintenant difficile de les analyser sans avoir recours à des clusters de serveurs. Les analystes financiers traditionnels qui sortaient à l’époque des écoles de commerce sont maintenant des data scientists experts en informatique. Donc effectivement, l’informatique est extrêmement importante dans mon métier et dans l’industrie financière. Il y a plusieurs moyens d’utiliser l’informatique en finance. En trading haute-fréquence, c’est en combinant des expertises en hardware, architecture et en télécommunications qu’ils réussissent à réaliser leurs profits. Pour les analystes quantitatifs ou data scientists, pour du trading plus long terme, il s’agit plutôt d’une combinaison de connaissances en statistiques, algorithmique et calcul distribué qui permet de créer des modèles de prédiction avec succès. Il y a évidemment tout un éventail de métiers en finance qui requiert différents niveaux en informatique, mais il est clair que l’informatique devient de plus en plus indispensable.

« Même si les méthodes de machine learning en finance restent encore à être prouvées, je pense que le futur de la finance passera forcément par ces techniques. »

Le machine learning est très en vogue, tant auprès des entreprises que des étudiants de l’Ensimag. Quelle est la place du machine learning dans ton travail actuel, et dans le milieu en général ?
Le machine learning a fait d’énormes progrès ces dernières années et on profite de l’explosion du nombre de ses applications dans la vie de tous les jours. Cependant, beaucoup de travail reste à faire pour que le machine learning représente une part importante en finance. Je pense qu’il y a déjà pas mal d’algorithmes qui fonctionnent en finance mais on est encore loin d’avoir une industrie qui repose majoritairement sur ce genre d’algorithmes. Les données financières présente en effet un très faible signal-to-noise ratio ce qui rend les applications bien plus difficiles que dans d’autres domaines.
De plus, je pense qu’il y a encore beaucoup d’éducation à faire auprès des investisseurs. Les modèles de machine learning sont un peu perçu comme des algorithmes qui présentent les mêmes problématiques que des boîtes noires ou des modèles mathématiques trop complexes : lorsque les fonds d’investissement traditionnels envoient leurs newsletters mensuelles ou trimestrielles pour expliquer leurs performances de manière claire, comment un hedge fund quantitatif peut-il expliquer à ses investisseurs que son modèle basé sur des réseaux neuronaux n’a pas fonctionné comme ils l’auraient souhaité ? Je pense que le machine learning attire évidemment l’intérêt des investisseurs mais il y aura toujours un peu de méfiance face à ce type d’algorithmes.
Quoiqu’il en soit, il est clair que les techniques de machine learning sont extrêmement intéressantes et beaucoup de chercheurs et professionnels se concentrent sur leurs applications en finance. L’analyse d’images satellites ou des données météorologiques autour des champs de blés pour du trading de commodities ou encore l’analyse du contenu des réseaux sociaux pour trader des valeurs du secteur du retail sont des exemples d’applications possibles du machine learning en finance.

Donc vois-tu l’utilité de se former en Machine Learning pour se lancer dans
une carrière en finance ?
Absolument, oui ! Même si les méthodes de machine learning en finance restent encore à être prouvées, je pense que le futur de la finance passera forcément par ces techniques. Le machine learning est et restera certainement l’un des gros thèmes pour la prochaine décennie.

Que penses-tu des Masters parisiens de finance quantitative ? Ont-ils un
intérêt après l’Ensimag ?
La plupart des Masters de finance quantitative en France se sont historiquement focalisés sur des modèles de pricing d’options, de gestion de risques et on voit pas mal de développement sur des applications en trading haute-fréquence durant ces dernières années. Je pense néanmoins que les cours y sont souvent très théoriques et que les modèles qui y sont enseignés ne présentent généralement pas une nette amélioration par rapport à des méthodes plus basiques, et ces modèles sont même parfois inutilisables en pratique. En bref, je pense que ces Masters ont un intérêt surtout intellectuel plutôt que pratique.
Aussi, je pense que la demande des acteurs de la finance pour des compétences enseignées dans des Masters de finance quantitative traditionnels a fortement diminué ces dernières années au profit des profils plus orientés en data science et machine learning.
Je pense que l’Ensimag donne des compétences hybrides qui permettent aux étudiants de parfaitement s’adapter à ce changement de tendance. Si vous souhaitez vraiment vous tourner vers l’un de ces Masters parisiens, faites-le avant tout pour la stimulation intellectuelle plutôt que pour le prestige ou la supposée meilleure employabilité.

« […] je voulais rapidement prendre part à un projet intéressant et stimulant, dans une équipe avec laquelle je pourrais beaucoup apprendre, avoir immédiatement de vraies responsabilités et tout cela, dans une structure avec peu de hiérarchie et de politique. »

Et pourquoi avoir choisi une “petite” structure plutôt qu’une grande banque d’investissement ?
Je n’ai pas toujours voulu rejoindre une petite structure. En réalité, il y a eu une époque où je voulais, comme tout le monde, rejoindre une banque d’investissement avec leurs traditionnels summer/graduate programs. C’était pour moi la garantie d’avoir un nom prestigieux sur mon CV et de toucher des salaires confortables dès le début.
Cependant, je me suis rapidement rendu compte que ces programmes ne coïncidaient pas avec mes ambitions. J’ai en effet réalisé lors des entretiens que leurs formations sont trop généralistes, qu’il fallait compter sur beaucoup de chance pour être assigné aux équipes qui me correspondaient et que gravir les échelons prendrait beaucoup trop de temps. Au lieu de cela, je voulais rapidement prendre part à un projet intéressant et stimulant, dans une équipe avec laquelle je pourrais beaucoup apprendre, avoir immédiatement de vraies responsabilités et tout cela, dans une structure avec peu de hiérarchie et de politique. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que les hedge funds correspondaient beaucoup plus à ce que je recherchais.

Comment vois-tu ton avenir professionnel à partir de là ?
Ces prochaines années, je compte continuer à engranger de nouvelles connaissances, améliorer mes techniques, peaufiner ma compréhension de l’industrie financière et continuer à étendre mon réseau. Sur le long terme, j’espère que j’aurais gagné assez en connaissances et crédibilité pour créer ma propre structure d’investissement en gestion d’actifs systématique ou autre. Le Venture Capital et le Private Equity m’intéressent également. Les possibilités sont infinies et je ne me ferme aucune porte.

Qu’est-ce qui t’a valu ton succès selon toi ?
Tout d’abord, je ne pense pas qu’apparaitre dans Forbes 30 Under 30 constitue un réel succès, je suis très content d’avoir été nominé mais cela n’a jamais été un objectif en soi.
De manière générale, je pense que le succès dans une carrière repose sur des ambitions fortes, de la passion, de l’humilité et sur de la confiance en soi de pouvoir réaliser son projet professionnel. Sachez ce que vous voulez et battez-vous chaque jour pour tendre un peu plus vers vos objectifs sur le long terme ! Ceci a toujours été ma philosophie et c’est probablement ce qui m’a amené là où je suis aujourd’hui.

« Tentez votre chance et ne vous auto-bridez pas en pensant que c’est impossible. »

En regardant ton parcours, on pourrait se dire que seuls les meilleurs de l’Ensimag peuvent prétendre à un parcours comme le tien, et notamment intégrer une université comme l’Imperial College. Étais-tu dans le top de ta promo ? L’Imperial est-elle aussi inaccessible qu’on le dit ?
Contrairement à ce que vous pouvez penser, je n’étais pas parmi les meilleurs de ma promotion. Je rappelle que j’ai fait l’Imperial dans le cadre d’un Master et non d’un échange ou d’un programme Erasmus. Il y a une multitude de Masters à l’étranger qui sont disponibles et tous les Ensimag peuvent y accéder ! Je pense en effet que tous ceux qui postulent, au Master en Mathématiques et Finance de l’Imperial College, avec un profil pas trop mauvais, seront acceptés.
La seule difficulté peut être au niveau financier mais ce n’est pas nécessairement insurmontable; il y a quelques bourses disponibles et vous pouvez financer le reste de votre Master avec un prêt étudiant. J’ai moi-même fait un prêt étudiant pour mon Master avec la certitude de ne pas avoir de problème à le rembourser, et c’est effectivement bien le cas ! Pesez simplement le pour et le contre et foncez si vous pensez que cela va vous ouvrir des portes, selon vos ambitions de carrière.
Personnellement, faire une partie de mes études dans une université à l’étranger a élargi mes horizons de carrière à l’international de manière extraordinaire. Tentez votre chance et ne vous auto-bridez pas en pensant que c’est impossible.

As-tu des derniers conseils à donner pour conclure ?
– Croyez en vous-même ! Vous allez avoir des périodes de doute, mais ayez confiance en votre capacité à les surpasser. Ne vous censurez surtout pas !
– Restez humble malgré tout. Peu importe les obstacles que vous avez réussi à franchir ou le statut que vous avez pu obtenir, il y a toujours quelque chose à apprendre de toutes les interactions que vous allez avoir pendant votre vie.
– Remettez-vous sans arrêt en question. “Est-ce que la décision que j’ai prise a été la bonne ? Si non, comment rectifier ?”, “Est-ce qu’il y a une meilleure solution à un problème autre que la première solution qui m’est venue à l’esprit ?” etc.
– Apprenez de vos erreurs et faites en sorte de ne plus jamais les reproduire.
– Ne vous précipitez pas. Prenez le temps de forger votre expérience et vos compétences avant de passer à l’étape d’après.
Ces conseils sont généralement partagés par toutes les personnes que je connais qui ont bien réussi dans leur domaine.

 

Interview réalisée par Yann-Laurick ABÉ et Jérémie O’BRIEN
Propos recueillis par Jérémie O’BRIEN 

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